Pascal Soriot annonce qu'AstraZeneca n'a aucun investissement prévu en Europe et alerte sur le déclin du continent
Le message est clair : l'Europe décroche.
Le 10 février 2026, lors de la présentation des résultats annuels à Londres, Pascal Soriot, le dirigeant français d'AstraZeneca, a tiré la sonnette d'alarme. En quinze ans, l'Europe est passée de 40 % à 22 % des ventes du laboratoire britannique. Les États-Unis représentent désormais 43 % du chiffre d'affaires.
Les chiffres du groupe parlent d'eux-mêmes. En 2025, AstraZeneca affiche des ventes mondiales en hausse de 9 %, à 58,7 milliards de dollars, avec 16 médicaments blockbusters au compteur. Le bénéfice net a bondi de 45 %, à 10,2 milliards de dollars.
Le problème, c'est la répartition géographique de cette croissance.
En janvier, le laboratoire a lancé une nouvelle usine à 4,5 milliards de dollars aux États-Unis et annoncé 15 milliards de dollars d'investissements en Chine (R&D, usines, partenariats). En Europe : rien. Zéro investissement prévu à ce stade.
Le patron d'AstraZeneca pointe un déséquilibre structurel. L'Allemagne a compris la nécessité d'investir dans le secteur pharmaceutique. L'Italie s'y met. La France, selon lui, n'a pas réglé ses problèmes.
Le cas d'Enhertu illustre cette fracture. Cet anticancéreux, ovationné en 2022 lors de l'ASCO (la grand-messe mondiale de l'oncologie), a été au cœur d'un bras de fer avec les autorités de santé britanniques, qui ont refusé de payer le prix demandé. Résultat : 200 millions de livres sterling d'investissements prévus pour le centre de R&D de Cambridge ont été gelés. Un projet qui aurait créé un millier d'emplois. Toujours pas dégelé.
Le constat de Soriot est sans détour. Si l'Europe ne paie pas le prix de l'innovation, dans quinze ou vingt ans, ses médicaments génériques viendront d'Inde ou de Chine, et ses médicaments innovants viendront des États-Unis.
Depuis début février, AstraZeneca a fait coter ses actions ordinaires en direct sur la Bourse de New York. Le centre de gravité se déplace lentement de l'autre côté de l'Atlantique.
Sources : Les Échos - 10 février 2026
L'écocatalyse pourrait libérer la chimie pharmaceutique européenne de sa dépendance aux métaux critiques importés
La chimie pharmaceutique européenne a un problème de souveraineté.
Elle dépend massivement de métaux critiques importés, notamment le palladium, utilisé comme catalyseur dans la fabrication de nombreux médicaments innovants. Entre 2020 et 2024, près d'un tiers des petites molécules approuvées par la FDA ont nécessité ce métal.
La production, elle, est largement délocalisée. L'Inde fournit aujourd'hui 40 % des vaccins mondiaux et 30 % des génériques. Près de 30 % des médicaments consommés en Europe y sont produits, principalement autour d'Hyderabad. Ce modèle s'accompagne d'un coût environnemental et sanitaire lourd : pollution des sols, des eaux, émergence de bactéries antibiorésistantes.
Une solution existe pourtant : l'écocatalyse.
Le principe est simple. Certaines plantes sont capables de concentrer des métaux présents dans des sols dégradés ou des effluents industriels (manganèse, zinc, cuivre, platinoïdes, terres rares). En valorisant ces métaux, il devient possible de produire des catalyseurs biosourcés, recyclables, utilisés en faibles quantités, avec une empreinte écologique réduite.
En clair : transformer des pollutions en matières premières pour la chimie fine.
Cette approche a été décrite dans une tribune publiée le 10 février 2026 par Claude Grison, directrice de recherche au CNRS, professeure invitée au Collège de France et membre de l'Académie des sciences. Elle appelle l'Europe à changer de paradigme : cesser d'opposer chimie et écologie pour en faire un levier de compétitivité industrielle.
Le rapatriement récent de la production de paracétamol en France montre que la relocalisation est possible. À condition d'innover.
Sources : Les Échos - 10 février 2026